12.07.2007

amie

Je pense à toi, quel meilleur endroit pour le dire, mais je ne sais pas si je saurais le dire.
Parfois, je pense à t'appeler, j'ai envie d'entendre ta voix. Ton débit rapide.

Ce nouvel appartement qui est le tien, le plancher qui craque, le silence, et je pense à ma nouvelle maison, encore vide, le petit jardin avec au fond la rivière et la passerelle rouge...

Et en fait, ce soir, je n'ai rien à dire. Une heure vient de s'étirer devant des mots que je ne sais pas dire.

Ce soir, j'ai juste envie d'être ton amie.

13.06.2007

oh oui !

oh oui ! de l'amour et des pleurs, raconte-moi un jour....ici il pleut de l'orage, dru et bruyant, je me croirais encore sous les Tropiques comme en Enfance - mille baisers, j'ai regardé les photos à nouveau après que - toi, presque différente

11.06.2007

night visions

Tu sais, tous les hommes ne cachent jamais - il est des indiscrétions masculines au coin d'écharpes, qui agissent comme des échardes, parce que les femmes aiment se frotter au bois dur et froid - l'amour me mène où chacune passe, et c'est idiot j'ai peur de l'érosion, de ce temps qui se rampe (j'ai ce son dans les oreilles "slide, slide") comme cette chose dans le film "Les deux soeurs" qui halète à cauchemarder. Je sais que j'ai vécu ma relation familiale comme une relation d'amour, j'ai désiré, je me suis transformée par la passion pleine, j'ai aimé follement dans le don de soi destructeur, puis j'ai consommé, puis j'ai craché, et sucé jusqu'à la moelle, puis j'ai consumé. Et j'ai quitté. C'est ça l'amour, homme-amant, ou mère, ou père, ou - mais le tout est que je sais. Je sais ce qui m'attend. Ce qui change, c'est que j'ai la conscience d'une adulte, ce qui me paraît nouveau dans cette passion, c'est que j'ai la conscience d'une adulte, et que je l'ai choisi (peut-être que je l'ai choisi). Je ne sais pas si tu comprends la moitié de ce que j'écris parce que tout cela est abscons, ou je le rends abscons.

Il est des soirs où je cogite tellement profondément dans mon être que je n'ai pas les mots pour écrire le carnet de voyage. Et ce qui m'attend sera très différent de ce que j'ai vécu.

Tu sais parfois je me dis aussi, que je ne devrais pas exposer un si bel amour aux griffures du temps, que c'est meurtrier, que je manque de romantisme - quel carnage, j'aime les carnages, les champs de défaite que l'on a dessinés avant ne serait-ce que de les entrevoir. Son corps me manque certains soirs, tellement que quand je me trouve face à lui, je me demande comment ingurgiter tout, sans l'altérer. Si manger rendait en état...sourire, c'est bête ce que je viens d'écrire.

Parfois aussi au contraire et douloureusement je voudrais être dans l'après, voir ce qu'il aura fait de moi - ce que je garderais de lui, m'assurer que nous nous sommes sauvegardés de la destruction. Regarder la belle personne que je serai devenue grâce à lui, mon amour, ma résilience. Ca me rend triste, les fruits qui naissent de fleurs, c'est le contraire je crois, je ne sais même plus. Mais tu as raison, je ne devrais pas y penser, tout cela semble si loin. Aujourd'hui je compte un peu plus d'un cycle d'enfantement, c'est un bel âge pour une passion. Qu'elle dure au moins autant.

Mais je ne crois pas que je me fais du mal en y pensant, je prévois, comme l'éclaireur, j'écarte le danger, à ma manière, je veille mon doux, je le protège de moi-même.

Je n'ai rien construit dans ce texte, excuse-moi -

je t'embrasse

06.05.2007

que sera sera

Voyons donc voir si les Français qui parlaient si bien de résistance et de départ pour l'étranger si Sarkozy devait être élu auront les couilles suffisantes. C'est sur ceux-là que je pleurerai, car bien sûr ils ne partiront pas, et bien sûr n'auront pas résisté à la banalisation d'un pouvoir réactionnaire. Que les cons aient voté, tanpis. Que les résistants en parole n'agissent pas, c'est à vomir. Pour l'instant j'attends.

ça y est les chiens sont lâchés

26.04.2007

dis-moi qui tu habites

J'ai failli me faire écraser un jour que je me promenais parce que je conversais avec toi. Non, bien sûr, tu n'y étais pas. Ou tu étais dans ma tête, tu nageais dans mes pensées, tes mots écrits se mobilisaient. J'étais sur le pont qui mène vers chez moi, et j'ai traversé sans penser au trafic.

Tu sais, j'ai pensé que sans doute si un jour je dois accoucher, je penserai à toi. Je ne le ferai pas exprès, mais tu seras là, quelque part dans mes pensées aussi. Non seulement parce que tu m'as précédée.

J'aime bien ta voix. Alors tu chantes vraiment...ou tu chantais...as-tu perdu ta voix, ou juste perdu ta voix d'autrefois ? La chanson est belle, le paroles justes. J'ai voulu réécouter, puis paf tout avait disparu.

Moi au contraire je voudrais être toi un moment, t'incarner en m'oubliant complétement, pour savoir ce que tu es, ce que tu ressens avec ton corps si différent du mien, avec ta voix qui chante, avec tes coquetteries. Je veux ressentir ce que tu ressens quand tu danses devant ton miroir ovale. Tu sais, peut-être est-ce l'habitude d'avoir habité dans plusieurs familles, mais j'ai un plaisir immense à aller habiter chez les autres pendant qu'ils n'y sont pas. Quand ils partent en vacances par exemple, et qu'ils me prêtent leur maison, leur appartement, leur chambre. J'entre dans un univers qui n'est pas le mien, et je découvre qu'on peut être différent, vivre autrement, avoir des habitudes qui ne sont pas miennes, posséder des objets que je n'aurais pas pensé acheter un jour, lire des livres qui me sont étrangers. C'est un bonheur que j'éprouve rarement. (As-tu vu le film "Locataires" ?)

J'ai revu "Bleu", j'ai pleuré encore. "Rouge" aussi est magnifique. "Blanc" un peu décevant peut-être, ou simplement est-il moins poignant. Je suis contente que le cinéma existe pour pouvoir pleurer dès que j'en éprouve le besoin - en m'extériorisant. C'est un peu comme pleurer à la place de quelqu'un d'autre.

Quelle est la pièce d'une maison que tu préfères ?

 je t'embrasse, en m'excusant de te raconter tout un tas de trucs comme si j''avais bu, en vrac

(la photo est de Francesca Woodman, oui je sais je la sers à toutes les sauces...mais elle m'intrigue tant et tant. Un jour je me montrerai pour toi, mais il faudrait que je me remette à la photo, bientôt)

 

24.04.2007

,

medium_jambes_au_drap_blanc.2.jpgLorsque j'ai été enceinte de mon premier enfant, j'avais 26 ans (et je ne sais pas combien d'utiles). J'avais couché avec beaucoup de garçons, je couchais avec des garçons aussi souvent que je pouvais, aussi souvent que le désir pour l’un d’eux m’en offrait la possibilité, je connaissais, oui, je recherchais, je voulais me perdre dans le soulèvement du désir mais je ne connaissais rien à mon corps. Et presque rien à ma sexualité.

Et d'une certaine façon, il se peut que cela t’étonne, et pourtant c’est comme ça, il en est encore ainsi : mon corps m’est adolescent, oui, et ma sexualité aussi.

Et cela je ne le découvre pas mais cela m’est confirmé à te lire, à te regarder, oui, comme dans un film, aller à l’assaut de ton corps, de ton amant, de ton amour, de ta passion, ma sexualité est encore en fleur, et je bois, je te l’ai dit aux pouls de tes mots qui ouvrent comme des coquelicots de juin dans le champ du possible, avec la curiosité vibrante qu’on éprouve pour l’autre que soi, avec une soif et une jubilation qui n’est pas d’être toi, ni de vivre ce que tu vis, mais de vivre avec toi ce que je ne vis pas parce que je ne suis pas toi.

Trois enfants se sont déployés dans mon ventre et sont nés de moi, je vais me poser avec mon homme dans notre sixième chez nous et je suis heureuse de cela comme on n'imagine pas.

Mais je ne connais pas, je n’ai jamais connu, pas à ce point, pas aussi loin, l’accomplissement qui est donné à ton désir.

Et c'est étrange, tu vois, mais quand, comment, par qui, je le connaîtrais peut-être un jour, je ne me le demande pas, je n'ai jamais, jamais considéré aucune expérience de vie, aucun état de l'être, comme un horizon, chacune de mes vies est venue à son heure.

Ma liberté, mon indépendance sont là, aussi, dans cette confiance. J’apprends cette confiance.

Je suis en chemin, j’apprends de toi, comme j’apprends de mes enfants, je ne dis pas assez combien tes mots me touchent, j’écris aujourd’hui, si laborieusement, si didactiquement, tu le sens ?

Mes jambes virgules de printemps pour déjouer cette pesanteur.

Elle est amusante ta photo, c’est un peu une image de sorcière, le chaudron bouillonnant entre les jambes de la femme, les jambes bien ancrées au sol de la femme qui connaît les secrets des hommes, des femmes et des herbes… elle est de toi ?

Ton silence m’a éloignée, je  l’ai dit comme je le ressentais, et  ce n’était pas le principe du silence, c’était l’effet, physique, de son étendue. Sans doute pour d’autres raisons, je laisse souvent le silence, s’installer entre moi et les autres (comme une mobilisation difficile de mon être vers l’action des mots).

J’aime les aménagements, les tâtonnements de deux êtres qui font connaissance et qui dessinent les motifs de leur relation, mon dieu, je crois que j’ai déjà écrit, cette phrase, mais mieux, mon dieu, cet engourdissement de mes mots, je m’allonge sur le canapé, vite, et chuuut, je dors.

 

23.04.2007

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medium_040b.jpgTon rapport au printemps m'étonne et m'amuse beaucoup. Je sais pourquoi. Le rapport que tu entretiens avec ton corps, aussi. Mais là je ne sais pas bien pourquoi. J'ai vu la dernière photo de toi sur un de tes nombreux blogs (qui s'éveillent comme des bourgeons *plop* !), tes jambes ont l'air si juvéniles. Ton corps paraît de ce que tu en montres, par touche, adolescent. Et je ne cesse de penser aussi à la virgule aussi. Dans un amusement printanier.

Le printemps, c'est comme si mon corps vivait pour le printemps. Chaque seconde grignotée au noir, et des secondes de vie en supplément. Pas de la vie comptée (ou décomptée pour être plus juste peut-être). Mais de cette vie symbolique, de cette vie parallèle de l'esprit, qui connaît la durée plus qu'elle ne flirte avec le temps.

 Alors quand la saison du printemps arrive (mais en ce moment, ce n'est pas le printemps, c'est l'été avant l'heure, c'est la danse chaboulée des saisons), j'adhère à chaque seconde de soleil et de lumière, à chaque couleur nouvelle, à chaque sourire suspendu devant mes yeux. Je pourrais décider de mourir tous les quarts d'heure du printemps.

Pendant ce temps, je te lis (je t'entends presque, et j'ai failli demander à A. de me raconter ta voix, par simple curiosité. Mais je n'aurais pas su ta voix, j'aurais su son oreille à ta voix, alors je n'ai rien demandé.) et je t'écoute presque dire : je ne m'habitue pas encore au printemps. Peut-être s'est-il abattu cette année avec une agressivité certaine, oui, sans doute est-ce ainsi.

 Je te regarde comme on regarde un film. Toi, tes enfants, ton mari et tes envies. Et j'attends, je me demande ce que ça fait d'en être là. C'est idiot, non ? comme quand on est petites, et que l'on chausse les chaussures de sa mère, (ma mère avait des chaussures à talons, petits talons, verts, très coquets, un vert à la mode aujourd'hui à nouveau). Et comment je vais vivre mon besoin d'indépendance dans un cadre pareil ? J'ai des milliers de questions naïves comme ça...(je viens d'être interrompue par ma meilleure amie qui a reçu son permis de conduire ce matin, je suis très euphorique soudain). Très naïves, je le sais, mais j'ai envie de poser des questions naïves. (J'ai toujours restreint mes interrogations. En arrivant en France j'ai eu mal d'entendre tout le monde dire : "mais comment ça, tu sais pas ça ?! et ça non plus...mais dis donc, tu ne sais rien !", alors très longtemps j'ai fait semblant de savoir, et d'apprendre en me taisant, en faisant comme si je savais déjà...le silence est une expérience de la curiosité aussi. Tout comme la curiosité peut creuser la solitude parfois.) (faut que j'arrête toutes ces parenthèses).

Et alors, vous avez trouvé cette maison ?

Et Tomas, il est passé par ici alors ? J'aurais voulu être là, pour boire le thé avec vous...Un jour je l'ai appelé, mais je n'ai plus jamais rappelé, on devait se voir aussi, ça aurait pu être amusant. J'ai loupé un rdv une fois. Puis l'ocacsion ne s'est pas renouvelée. J'ai été amusée par sa voix, tiens. Petite voix. Par ses activités en dehors de son blog, si loin de ce qu'il écrit.

C'est drôle ce que tu m'as écrit par mail. Qu'après tout ce temps de silence que j'ai imposé, tu ne croyais pas tout à fait à mes mots. Etrange. Je pars si souvent, je m'enfonce dans le silence, autour des personnes qui l'acceptent, et loin très loin, d'autres qui ne l'acceptent pas du tout, et s'éloignent davantage. J'aimerais être différente. Je fais des efforts parfois, mais je ne sais pas les rendre constants. Le besoin de me taire, de me ressourcer, de quitter est trop fort. Mais je reste bien présente d'une autre manière. Je crois que je ne sais vivre que dans une certaine superficialité des relations. Et j'aimerais que tu croies tous ces mots, que j'avais en mémoire ou en gestation depuis le dernier texte (tellement poignant) que tu as écrit...

Quand je lis Anaïs Nin, je pense à toi aussi. A tes révoltes parfois sur mon blog, quand tu disais : mais non, une femme peut aimer plusieurs hommes à la fois. Que je n'ai pas répondu, parfaitement d'accord avec toi cependant (comment ne pas l'être après les trois dernières années que j'ai vécues!) - sachant parfaitement que pour l'instant j'apprends à aimer, à aimer uniquement, à ne pas éparpiller mon énergie (sexuelle, spirituelle, tendre), et que tout ceci est une étape vers une autre forme d'amour moins égocentré (bien sûr comment cela pourrait e être autrement...).

Prends soin de toi. Du printemps qui vient à ta rencontre. Des fleurs que nous avons mises aux balcons...

02.04.2007

et un clin d'oeil pour tomas

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30.03.2007

c'est quand même peut-être

C’est la première fois que je viens en plein jour, j’ai ouvert les fenêtres en grand, ça sentait un peu la nuit, le froid, j’ai retrouvé quelques notes oubliées sur le canapé, ce jour où il m'avait dit qu'il revenait le lendemain et je ne savais pas si c'était la lecture de ton texte, croisé à celui de lhomme, toutes ces larmes, cette étrange naissance en miroir, baignée de pleurs, la douce  pénombre de la salle d’accouchement et la petite fille dans un coin de la pièce, enfin réconciliée avec  ses origines, sa scène originelle, enfin autorisée à voir, et à entendre résonner en elle les mots du désir et « à quel point… », je ne savais pas si c’était ces mots ou parce qu’il venait de me dire qu’il revenait jeudi mais le désir était remonté en moi, il avait bouillonné doucement entre mes cuisses, petit geyser, et  remonté en moi comme on prend l’eau et comme on reste des heures sous une douche brûlante pour se restaurer, les larmes revenues de lhomme m’avaient lavé le coeur, toutes ces larmes et puis au fil des mots, j’ai trouvé ton sexe fleur d’eau dans les courants de l’intertexte, c’était étrange et doux, depuis son départ, je n’avais pas changé les draps, les draps rouges, je me roulais dans son odeur, à leur place j’ai mis les draps blancs, dans la mer des draps blancs, nous avons fait l’amour, un quatrième enfant de lui, un quatrième et l’équilibre serait atteint, c’était avant l’opération, je lui ai demandé de faire ses photos de moi dans les draps blancs, je venais de me couper les cheveux, courts comme je ne les ai jamais eu, il a fallu faire avec mon visage, ce visage qui ne fait pas de moi une fille jolie, ce visage que je fais disparaitre derrière mon regard, mais les cheveux courts, c’est très agréable, c’est drôle, ce n’est pas dionys qui m’a envoyé le livre dont je t’ai lu un extrait, « la chevelure sacrifiée » et qui me faisait penser à toi, c’est une femme qui porte le même nom que lui, c’est ma dernière amie, que je dis aussi ma rivale, la femme qui représente toutes les autres femmes et elle porte aussi le nom de mon ennemie d’enfance, cette amie pas choisie, cette sœur (on habitait en communauté ) celle dont on vous dit la jumelle parce qu’elle est née quinze jours après vous et qu’elle est toujours à vos côtés comme une ombre, ça a duré quinze ans, si bien qu’aussi lourde ait été sa présence, la comparaison permanente qui s’établissait entre nous, la rivalité en classe, à la course, à la corde à sauter, elle avait fini par devenir comme une colonne vertébrale, comme un appui à mon être, je m’en suis rendu compte quand elle a disparu de ma vie, les cheveux courts, c’était pour voir ce qu’il advenait de ma féminité et aussi une petite transgression à retardement, mon père vénérait tellement mes cheveux qu’il se fâchait quand on évoquait seulement la possibilité de les couper un jour, j’ai gardé les cheveux longs jusqu’à mes 30 ans, tu imagines l'oedipe, tu imagines le noeud dans les draps, dans le mouchoir pour ne pas oublier (et les yeux pour pleurer) mais ce qui m’a sauté au visage, c’est qu’avec les cheveux courts, je ressemblais à ma mère, il me l’a dit en riant, « tu ressembles à ta mère », j’ai eu peur pour notre libido, mais on pourrait faire plus court encore, je crois que je vais le faire pour l’avoir fait, et après je les relaisserais pousser, il a fait les photos un peu à contrecoeur, il n’aime pas beaucoup ça, parce que je veux tout diriger et que je ne suis jamais contente, mais il aime bien l’amour qu'on fait après, j'aimerais qu'il aime les massages, mais même avant l'amour, il n’ aime pas, c’est  mon drame, je n’exerce plus mes doigts de fée et j’aurais tellement besoin de massage, de cette attention là à mon corps, de caresses aussi, en dehors du sexe, d’abandon, mais c’est parti avec les je t’aime, heureusement, on s’endort toujours serrés l’un contre l’autre, à se fondre, heureusement, j’ai réalisé que je lui en voulais toujours de m’avoir imposé le choix de cette maison, que je lui en voulais toujours un peu, deux ans et demi après, je me suis dit qu’il faudrait sans doute attendre encore avant qu’il ne me redise je t’aime, être patiente, que sans doute il m'en voulait toujours beaucoup, un an après, mais on va déménager, ça y est, on est dans cette jubilation un peu idiote, cette jubilation matérielle et maternelle, on visite des maisons, on cherche les signes, ceux qui font que c’est celle-là et pas une autre qui seraaaaaa la maison du bonheuuuur, à moins que ce soit celle-là, avec un tas de fenêtres, avec presque pas de murs et qu’on vivra dedans et qu’il fera bon y être et que si c’est pas sûr…

 

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16.03.2007

qu'est-ce qu'on risque à tuer une journée ?

Ma chère toi - j'ai déserté, au point de me sentir obsédée, obsédée par l'envie de t'écrire, l'envie de te lire, la paresse de te savoir là tandis que je me cache dans l'armoire entreouverte.

Je t'écris, et je pensais au temps qui ne passe pas, au temps qui rétrécit. Aujourd'hui encore soudain j'ai repensé ceci : une journée est bien courte, travailler rythme la journée, et rythmer la journée la réduit, tout paraît m'échapper, comme la lumière au matin, j'aime les petits matins, enfin, si je n'étais pas si fatiguée.

Jamais je n'ai été aussi éveillée à la vie non plus, aussi lucide, aussi secrètement désespérée, le bonheur d'aimer efface beaucoup, je l'appelle l'égoïsme-eraser. Je me laisse enfoncer dans des situations verticales sans en connaître les ficelles, j'ai toujours eu peur de la vie, mais la peur est une forme de confiance, une forme d'abandon de la volonté. Ca n'empêche pas de vivre, et parfois même de belles choses. Pourquoi faut-il mériter, pour profiter ?

J'aimerais tellement vivre de l'écriture - vivre heureuse hors des contraintes urbaines, mais en ville quand même. Comme un doué de ses mains ne voudrait être que maçon. Comme une belle voix deviendrait naturellement chanteuse.

En fait, je voudrais ton épaule, sur ton épaule reposer la tête, et peut-être nous taire, ou pas. Si tu veux chanter, je veux bien écouter. Si tu racontes des histoires, même simples, je veux bien aussi les recueillir. Mes souvenirs d'enfance les plus doux demeurent les moments d'écoute silencieuse et discrète des conversations d'adultes. A table, dans le salon, autour d'une table - juste me taire et laisser l'atmosphère des voix, leurs modulations, leurs secrets percuter mes oreilles, m'emplir de mélodies et de sens, de tableaux humains, réveiller ma curiosité passive.

J'ai retiré les fleurs qui ont fané. Le vase reste là, vide, peut-être apporterai-je une plante.

As-tu remarqué comme la journée a été neutre, d'un gris qui n'est pas gris, d'une blancheur impropre aussi, égale, ni soleil, ni pluie, une journée qui n'annonce rien, une journée pas même comme les autres, juste un espace pour des heures qui traînent sans raison.

Prendre une douche peut être une solution aussi. Mais il n'y a pas de problème, tu vois ?

05.03.2007

et je te vois

M'en voudras-tu, ce soir, je ne sais pas t’écrire, impossible de trouver la musique dont j’ai besoin pour porter mes mots, et le désir m’a fui avec la conviction de mon appartenance sexuelle, ce soir, je rêve d’avoir envie de baiser et peur, de ne plus avoir jamais envie de le faire...

Il y a ce livre que D. m’a envoyé, ce livre qu’il a choisi pour moi et quand je le lis, je te vois…

Il y a ce désir qui innervait tes mots et dans lequel j’ai reconnu, chair et écriture, l’intensité de mon propre désir et son adresse perdue…

Il y a le baron perché, et mon dieu, « j’étais faite pour une vie d’intellectuelle », c’était une phrase stupide, tu me réponds et tu racontes tout un pan de moi…

Je sais qu’il en va des ressemblances, lorsqu’on se découvre émerveillé(e)s comme des différences lorsqu’on se quitte.

Quelque chose cependant nous relie, étrangement, dans les reflets d’un intertexte où rien n’est interdit : d’être, pas plus que de n’être pas ; d’en être, pas plus que de n’en être pas ; d’être là, tout autant que d’être ailleurs ; au même moment. Nous avons cette absence et nous avons cette présence... mais je bois à ton pouls, parce que tu es plus vivante, plus folle, plus généreuse, plus vive, plus chienne, plus jeune que moi.

J’ai tant de choses à te dire.

Comment j’ai joué les barons perchés sans me percher, comment j’ai résisté sans résister, (mais avec un tel acharnement de mon inconscient) comment douée (pour le théâtre, la pensée, le chant) je me suis moquée de mes talents, comment handicapée de la vie (de la réalité sociale, du travail, de la marche du monde), j’ai développé ces connexions dans ma tête et en dehors de ma tête, celle qui aujourd’hui s’étendent jusqu’à toi, tandis que la vie me tient  dans cette grande chambre conjugale, dans laquelle je me suis installé un petit coin à moi, avec « l’amitié » d’Egon Schiele toujours sous les yeux et aussi « Dublita, la vie secrète de Dali », et d’où j’entends si je tends bien l’oreille, le souffle endormi de mes enfants, mes beaux enfants et le désir pourrait renaître, à l'évocation de leur beauté, à la pensée de leur père absent mais non... il me fuit.

Oh, j'ai maintenant, un statut, un salaire, un travail même pas con, bien qu'obscur, (ne demande pas, ne demande pas, ça n'a aucune importance) mais j'y suis à côté de moi, et je sais maintenant qu'il peut en être autrement. Qu'on peut exister (même socialement) de sa faculté à l'absence et à la présence...que ca n'est pas une question de rigueur, ni de volonté, mais de désir et de jubilation.

demain, j'effacerai peut-être ces mots, mais je sais que si je n'écris pas ce soir, ce ne sera pas avant des jours et des jours peut-être...

pensée du jour imagée

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tiens, j'ai pensé à nous, un peu, non ?

http://www.heenan.net/woodman/providence/rhode-island-12....

04.03.2007

esquisse du rejet, ou paranoïa peut-être

Comment ç'a commencé....oh, la belle question, c'est étrange, je ne m'étais jamais posé la question. Je crois que ça n'a pas commencé par un mensonge, cela est sûr, la suite a été embûchée de mensonges, mais je suis une proie difficile pour le mensonge.

Je crois que cela a débuté par un rejet. C'est à l'époque où nous vivions à New York, j'allais à ce qui devait être la maternelle, nous n'étions pas les bienvenues, ma mère et moi, j'en ai l'impression, des anecdotes qu'on m'a racontées plus tard avant que je n'atteigne les dix ans. Ma mère devait mener une mauvaise vie, je crois que les enfants le ressentent, je crois qu'on fait payer aux enfants le mauvais train de vie des parents, c'est certain.

Je m'en souviens peu, je me souviens vaguement que j'étais amoureuse, je me souviens que déjà j'avais une conscience suraiguë des rapports garçon/fille pour un enfant de moins de quatre ans. Je me souviens que j'étais terriblement timide, ou peut-être consciente du rejet permanent, du regard critique des gens sur ma mère, de notre isolement. Il y avait là un garçon, je crois bien que c'était un garçon, je ne me souviens ni de son nom, ni de son visage, ni de ce qui m'attirait. Je te parle là d'impressions qui me restent, il est possible que je n'en parlais pas, ni à ma mère, ou peut-être que si.

Je me souviens d'un Halloween. Elle m'avait déguisée en chinoise, je me souviens de m'être sentie très belle, je me souviens de ses mains qui coiffaient ma tête de plusieurs parapluies en papier, tu sais ceux dont on se sert pour décorer les cocktails. Je me souviens, je me sentais belle, j'étais excitée, mais j'avais une peur dans le coeur. Peur d'y aller à la fête de l'école, peur de cette solitude qui m'attendait peut-être, et en même temps, j'étais belle, alors ça allait peut-être tout changer, j'allais le retrouver lui pleinement.

De la fête, j'ai des flashs, je me souviens de bonbons que je n'ai jamais plus retrouvés dans nos périples à travers le monde. J'aimerais bien les goûter encore, des cônes jaunes et orange. Je me souviens d'une foule de gamins autour. Je me souviens d'une tristesse, ou plutôt d'une impossibilité, de la déception, oui cela devait être la déception. J'étais belle, mais cela n'avait sans doute servi à rien, du mois je l'ai pensé, sur le bout de mes moins-de-quatre-ans.

Mais après, après mes quatre ans, j'avais six ou sept ans, il y a eu Vasco, il était tellement plus âgé, tellement mûr quand j'y pense, mais il m'a désirée. Il m'a protégée. Il était doux. Il parlait, lui, il disait ce qui allait ou pas. L'homme, c'est un peu lui aussi. L'homme me fait penser à deux événements majeurs dans mon enfance, Vasco et avec un autre garçon ma première perte de virginité. Car après les rejets (j'y reviendrais, on peut désirer et rejeter aussi en même temps), il y a eu le miracle de l'acceptation.

la beauté des éclipses

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Nous nous sommes croisées. J'avais ouvert la porte, j'avais jeté mon long gilet de laine et puis les enfants m'ont appelés, leur film était terminé, c'était tard, mais c'est vacances, je me laisse faire et puis on espérait un morceau d'éclipse, il y avait la lune qui traversait une mer de nuages d'argent, on est resté longtemps frissonnant à la fenêtre, quand je suis revenue, tu étais passée, tu venais tout juste de repartir...

Il ne faut se sentir obligée de rien... je passe quand ma solitude est assez peuplée, dense, brillante et qu'elle tient des mots en alerte... quand l'épuisement, mes forces abnadonnées, esquissent l'espace d'une pensée... quand tes mots, ici, ailleurs, font naître le désir des miens...

je n'écris presque plus... mes mots n'appellent pas les tiens... tu sais bien ce qu'il en est du désir et de l'écriture... sur ces espaces qui nous habitent... nous l'avons connu à la même source... j'aime ton attention, elle m'est douce... je n'ai pas besoin de preuves.

ensuite, j'ai dansé.

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03.03.2007

la méprise

Et mes fesses, tu les aimes bien, mes fesses?  

J’avais 11 ans, il en avait 14, on était en 6°. C’est le premier garçon qui m’a menti, alors que je ne lui demandais rien. Vraiment rien. Le premier garçon qui m’a menti en préjugeant ce que j’attendais de lui, sans me l’avoir demandé, ça va de soi, et en fonction de ce qu’il pensait sans doute que ça devait être, entre les filles et les garçons. C’est le premier qui m’a sacrifiée à l’autel de ce que c’est censé être, les filles avec les garçons.

J’étais, je me sentais, si petite. Son regard sur moi, je n’en revenais pas. Ses petits mots à la grille, dans les couloirs, nos bises qui se rapprochaient tous les jours un peu plus du coin des lèvres, nos regards qui se cherchaient entre deux portes de classe, de bus, ce baiser, langues électriques, qui m’avait crucifiée contre le casier des vestiaires, je prenais tout ça, tellement comme un cadeau, il ne me serait pas venu à l’idée de demander quoi que ce soit d’autre, de mieux, de plus, et il ne le savait pas peut-être , mais qu’est-ce que j’aurais bien pu faire de lui? Qu’est-ce que j’aurais fait de ce bandit avec ses deux ans de retard? Qu'est-ce que j'aurais pu faire de mieux, que prendre ce plaisir qu’il me donnait, qu'étirer ces premiers émois de mon corps, les délices de l’attente tout le long du jour, cette aimantation de nos yeux et comme je savais déjà que leurs façon de s’attraper, de se mêler, de se fondre, préfiguraient d’autres joies…

Alors qu’il embrasse Réjane, la tueuse, 15 ans, des seins comme des porte-avions, rehaussés  par la bandoulière de son sac US,  celle qui riait si fort dans le bus et à l’actif de laquelle la rumeur mettait déjà plusieurs coucheries, ça m’intéressait beaucoup, j'aurais dit: « Allez raconte, dis, raconte, alleeez », mais je n'aurais jamais songé à le lui reprocher.

« C’est ma cousine », m’a pourtant dit Lionnel, un soir, après que je les ai croisés se donnant la main. Je l’ai regardé interdite. J’adore ce mot qui dit si bien ce qu’il veut dire. Scotchée. Comme ma bouche à la maternelle, avec du vrai scotch, j’étais bavarde. Empêchée d’avancer et de parler.  Interdite. C’est drôle, il n’y a pas vraiment de négation. Je suis restée sans voix et sans mots. On peut rester interdit, très longtemps, en attendant des mots qui libèrent. Les enfants font ça très bien.

Lionnel. Je me souviens de tout, de son nom de famille, de la malice de ses yeux bruns, de la cicatrice sur son front, je me souviens de lui comme de peu d’autres, je ne lui en ai jamais voulu bien entendu mais.

Ma vie amoureuse a commencé avec ce malentendu. Un malentendu qui n’a jamais vraiment cessé depuis.

Et mes seins, tu les aimes bien, mes seins?

la présence en absence

Je suis passée si souvent par ici. Je suis restée muette. Mutique. Ca m'arrive parfois, et je ne le voudrais pas, parfois, je ne sais plus être au monde, présente. Je défile comme une pelote de laine et je roule dans l'espace. Je voudrais ne plus le faire, j'aimerais non seulement être fidèle, t'être fidèle, mais aussi en donner les preuves. La présence est la meilleure preuve de l'amitié, n'est-ce pas. J'ai besoin d'absence malgré ma volonté, et j'étais absente.

J'ai aimé que tu apportes le premier élément de décoration. Les fleurs, comme un sentiment de vie passagère. Il y a quelque chose de beau, de tendre à offrir un bouquet. Non pas de l'offrir de main en main seulement, mais de l'offrir indirectement, en posant les fleurs dans un vase chez soi quand on invite, par exemple. Un signe de bienvenue, un signe de joie, un langage qui évite les mots.

Puis j'ai vu un autre soir où je suis passée en catimini que tu avais déplacé le vase, je me suis dit que tu t'appropriais petit à petit notre espace. J'ai pensé aux déménagements et à ce phénomène singulier : les meubles finissent toujours par trouver leur emplacement. Ca vient un jour ou l'autre. Et je pense à la distance entre nous, aux choses, aux idées, aux impressions, aux envies et à l'espérance qui se recherchent leur place entre nous deux.

Tu étais faite pour une vie d'intellectuelle, mais que t'est-il arrivé ? Quelle vie mènes-tu ?

Je suis incapable de dire pour quelle vie j'étais prédisposée. J'ai tué toutes les pousses de capacité. Je crois que j'aurais pu être ambitieuse même. J'aurais pu m'intégrer incroyablement à la vie française et à ses sommets d'élite. Mais un jour, j'ai tout refusé. J'ai refusé d'apprendre, j'ai confondu enseignement et viol, cela peut choquer, mais je crois que cela est vrai, et je me demande si tout enfant adopté ne le ressent pas ainsi à un moment donné. J'ai joué au baron perché, je suis montée sur un arbre et j'ai refusé de redescendre, et j'ai beaucoup souffert de ce qui se passait autour de moi et à cause de la passivité. Je dis passivité, mais cela n'est pas vrai, je m'en rends compte maintenant, j'étais en lutte, j'étais en défense, je résistais - tout cela n'était pas de la passivité, malgré l'immobilité apparente. D'autres appelleront cela de la dépression, et cela est vrai, du point de vue médical.

Je crois que cette résistance a restreint mes capacités, du moins les a-t-elle ralenties, ou mis en berne, je ne sais pas quelle métaphore utiliser.

Mais vouée à une vie intellectuelle, non je ne l'ai pas été, je ne pense pas. C'est juste un hasard de parcours, je n'en ai pas la rigueur, juste l'éducation. Juste le mimétisme. Ma mère adoptive est une intellectuelle, presque pure.

Mais que signifies-tu par là, toi ? poisson et chien...j'ai envie d'en savoir, j'ai l'impression de toucher un point brûlant de toi là-même. Toi qui ne sais pas ton âge.

J'ai pensé à toi, bien que nimbée dans l'absence. Je t'ai croisée ailleurs, le fil de la pelote s'est accroché à toi. J'ai un sac de questions, un sac de pensées pour toi, ce n'est pas un fardeau, mais un sac de voyage empli de l'émotion prise dans l'ébranlement.

Merci de tout coeur pour les fleurs, la gaîté que tu as nous apportée...

 

27.02.2007

mauvais genre

Cette phrase tout le jour dans ma tête : je n’ai pas envie d’être assignée à un genre.

Mon sexe me va… Et du plus loin que me reviennent, l’ombre des mes amours anciennes, du plus loin du premier rendez-vous, (ce rêve de rapt, cet homme qui m’enlevait, toute nue, toute crue, sur son cheval blanc et mes cuisses ouvertes sur les flancs musculeux et puissants de l’animal au galop), ma sexualité, me va aussi.

Mais je n’ai pas envie d’être assignée à un genre et à l’être (au savoir être, savoir faire, savoir parler, savoir aimer, savoir baiser ?) que cela suppose, supposait, supposera. Est-ce que tu vois ?

J’étais faite pour une vie d’intellectuelle (ces personnes pour lesquelles la confrontation des idées est la vie même, citation approximative de Julia Kristeva), une vie d’artiste, qui m’aurait épargnée peut-être, ce questionnement même… (bateau, banal ?) Car alors, je me serais peut-être moquée de cette assignation. Aurais-je seulement vu la résidence ?… J’aurais été un poisson et un chien.

Va savoir…

Je lance ça un peu comme ça… je n’ai presque rien lu sur le genre (juste ce livre culte d’erwin goffman, l’arrangement des sexes) et puis aussi Mauvais genre, érotisme, art, pornographie, de Dominique Baqué mais ça n'a pas tout à voir...

Pas très sage, il est tard et mes mots sonnent peut-être creux qui résonnent dans le vide.

je vais te lire et me coucher

21.02.2007

dans les interstices de l'intertexte

J'ai, moi, rougis, pudeur, plaisir, ou bien l’effet de la surprise, je ne sais pas, comme c’est étrange, comme c’est fou,  j’ai connu déjà les délices de l’amour vaudou, j’ai connu la joie décuplée, après l’invitation d’un autre à mes ébats, d’un autre dont j’avais éprouvé le regard et la chair mais aussi parfois dont je ne connaissais que les mots, la fibre puissante et douce de l’écriture, ou dont j'invoquais seulement le nom, juste le nom, sans image, sans fantasme, mon dieu la puissance incantatoire d'un nom, et j’allais dire, "oui, je l’ai senti, ce moment d’émotion intense", j’allais le dire pour en être complice, pour être avec toi, et puis, m’est revenu avec force le souvenir de cette chaleur tournoyant entre mes cuisses, il y a quelques nuits, de cet orgasme affolant, entre les plis très profond d’un rêve, de ce plaisir si rayonnant que je n’ai eu nul besoin de réveiller l’homme à mes côtés, juste à me coller contre son flanc, reconnaissante, comme si c’était lui qui venait de me faire l’amour.

Je vais dormir ici, ce soir, sur le canapé, j’ai ramené un vase blanc pour les fleurs, le lit chez moi, ce soir, est vide, il est parti ce matin, très tôt, ce n’est pas que ça n’arrive jamais, mon dieu, heureusement oui, ça arrive, mais j’ai dû dire aux enfants,  quinze jours et quinze nuits, et puis, il est si loin, je me sens un peu triste et un peu joyeuse à la fois.

Je me disais ce soir, en rangeant la cuisine, je me disais que lui et moi, nous n’avions pas été seuls, sans les enfants, plus d’une nuit, depuis cinq, six ans, peut-être plus, c’est de la folie, c’était beau cette nuit à Paris, nous avions fait l’amour  dans la rumeur qui montait du carrefour jusqu’à cette minable chambre d’hôtel sans volets, suspendue très haut au-dessus de l’odéon… mais pas un matin, sans eux, au moins un ou deux d’entre eux, depuis cinq, six ans, tu imagines ?

Alors, oui, la pesanteur de cela avec le reste, le manque de temps, le travail et l’hiver et le corps perclus, forclos, qui ne vit plus assez sa vie, comme c’était si intensément le cas dans le sud, et les plages, et nue sur les plages, le soir après le travail, dés le mois de mai, mais ce n’est pas cela qui me rend asexuée…

Je vis mon corps de l'extérieur comme féminin, sans ambages. Mon allant, mon allure, sont très féminins. Mes jupes  courtes ou serrées à la taille, mes jambes hautes et mes robes à fleur de sein.

Je crois que c’est l’analyse qui bouge mes lignes et mes repères. Asexuée. Peut-être pas. peut-être seulement dans une période d’indifférence sexuelle ?

Je creuse bientôt. J’ai besoin de dormir, je souffle les bougies, je pense à ton air raréfié de l'autre nuit, à sa couleur blanche comme les tulipes, maintenant incadescentes dans la nuit, je t’embrasse.

 

Les tulipes

de Mapplethorpe, et il faut juste les regarder de temps en temps
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